Événements survenus sur la Petite Ceinture en parallèle des projets de la Ville de Paris depuis 2015

, par Bruno Bretelle

Plusieurs événements se sont produits sur la Petite Ceinture, en parallèle des projets de la Ville de Paris, depuis 2015.

 1- Prolongement de la ligne 14 du Métro vers le Sud

Dans le cadre du projet du Métro du Grand Paris, le prolongement de la ligne 14 vers le Sud, depuis l’actuelle station Olympiades, située dans le 13e arrondissement de Paris, jusqu’à l’aéroport d’Orly prévoit le passage de cette ligne sous la Petite Ceinture et la construction d’une station de métro au croisement des deux lignes, près de la station de métro Maison-Blanche de la ligne 7. La Société du Grand Paris et la RATP ont décidé d’utiliser une section de la plate-forme de la Petite Ceinture dans le 13e arrondissement durant ce chantier.

1.1- Conditions d’établissement de la convention d’occupation temporaire

Le contexte est le suivant :

  1. Tout d’abord, la SNCF est propriétaire de la Petite Ceinture ferroviaire ;
  2. Dans un deuxième temps, la SNCF et la Ville de Paris ont signé en décembre 2016 une convention de superposition d’affectation concernant la Petite Ceinture dans les 13e, 14e et 15e arrondissement, donc la section concernée par le chantier ;
  3. Par conséquent, la convention d’occupation temporaire demandée par la RATP pour le chantier est tripartite entre SNCF-Réseau, la Ville de Paris et la RATP.

Cette convention d’occupation temporaire est approuvée par le Conseil de Paris lors de la séance des 25, 26 et 27 septembre 2017 (délibération 2017 SG 32).

Délibération 2017 SG 32
Autorisation de signature d’une convention d’occupation temporaire au profit de la RATP pour la réalisation de la gare Maison-Blanche (Ligne 14 sud du Grand Paris Express)

1.2- Description des installations du chantier

En décembre 2016, la RATP a lancé un appel d’offre concernant les travaux préparatoires sur la Petite Ceinture SNCF au prolongement Sud de la ligne de métro 14 de la station Olympiades à l’aéroport d’Orly. Cette consultation comprend notamment les prestations suivantes (quantités données à titre indicatif) :

  1. Les installation de chantier (palissade env. 100 ml / base vie 5 bungalows sur 2 niveaux),
  2. Dépose partielle voie/ballast env. 350 ml / dépose équipements SNCF et 3 portes tunnel env. 70 m2 chacune,
  3. Décapage/débroussaillage env. 5 500 m2 / terrassements env. 500 m3 / démolition béton et béton armé env. 40 m3 / déblais 600 m3,
  4. Création voie carrossable env. 14 000 m2 / caniveaux env. 1 300 ml,
  5. Création mur de masque étanche dans tunnel SNCF env. 60 m2,
  6. Dépose et évacuation de caniveaux de câbles SNCF en amiante-ciment sur l’ensemble du linéaire et des deux côtés de la plateforme des voies,
  7. Raccordement caniveau à égout sous voirie rue Regnault,
  8. Équipements d’éclairage provisoire de la zone Petite Ceinture y compris la portion en tunnel (candélabres, etc.),
  9. Dispositifs de cheminement le long de la piste compris signalisation / balisage de circulation,
  10. Modification du carrefour rues du Dessous des Berges / Régnault env. 40 m2 compris signalétique de voirie.
  11. La prestation complémentaire concernant la purge de réseaux concessionnaires comprend notamment les prestations suivantes : (quantités données à titre indicatif)
  12. Terrassements env. 700 m3 / démolitions env. 450 m3 / déblais env. 1 100 m3 / remblais env. 700 m3.

Autrement dit, une véritable voie routière va être aménagée sur la plate-forme de la Petite Ceinture pour la circulation des camions et des engins du chantier, entre l’avenue d’Italie à l’Ouest et la rue du Dessous des Berges à l’Est.

La Petite Ceinture asphaltée
par François Godard
https://youtu.be/4B4ehGeECCs

 2- Incivilités et les campements sur la Petite Ceinture

Simultanément au déroulement de ces chantiers participatifs, des problèmes indépendants de ces chantiers ont émergé dans le débat public, connaissant même un fort écho médiatique en janvier et février 2017.

Le premier problème est la question des incivilités commises sur la plate-forme de la Petite Ceinture. Lors de la réunion de présentation du chantier participatif du 12e arrondissement organisée le 29 septembre 2017, des intervenants, riverains de la ligne dans le quartier de la rue du Sahel, se sont plaints du lancer de ballast depuis la plate-forme de la Petite Ceinture vers les immeubles et les véhicules avoisinants, sur une section aujourd’hui non ouverte au public. Ce problème a également été signalé en janvier 2017 par des riverains de la promenade du 15e arrondissement [1]. Trois des quatre chantiers participatifs (19e, 20e et 12e arrondissements) ont été victimes de ces incivilités, puisque les vitres des conteneurs ont la cible de caillassages au moyen de pierre prises dans le ballast des voies ferrées, les dégradations commises allant jusqu’à entraîner le remplacement des vitres par des planches de bois, comme à Ménilmontant dans le 20e arrondissement.

Conteneur du chantier participatif de 2016 dans le 20e dégradé en février 2017
Les vitres du conteneur ont été caillassées pendant que se tenait la chantier au second semestre 206. Ces dégradations ont nécessité leur remplacement par des planches de bois. Cliché Bruno Bretelle tous droits réservés. 25 février 2017.

Restes en février 2017 des installations du chantier participatif de 2016 dans le 20e
À côté du conteneur du chantier participatif, taggué et vandalisé, deux tentes ont été montées par des personnes sans domicile fixe. Cliché Bruno Bretelle tous droits réservés. 25 février 2017.

Le second problème est la formation de campements ou bidonvilles, regroupant chacun plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de personnes, sur la plate-forme de la Petite Ceinture ferroviaire au Nord de Paris, dans les 17e et 18e arrondissements. Ce phénomène est apparu pour la première fois durant l’hiver 2013-2014 près la porte de la Chapelle, dans le 18e arrondissement. En mars 2014, une cinquantaine de personnes ont été évacuées de ce bidonville. Durant l’hiver 2015-2016, un nouveau bidonville est créé près de la porte des Poissonniers dans le 18e arrondissement. Jusqu’à 400 personnes vivent dans ce lieu lors de l’expulsion qui a lieu en février 2016. Finalement, à l’automne 2016, trois nouveaux campements sont montés : deux dans le 18e arrondissements, à l’emplacement des précédents, près de la porte de La Chapelle et de la porte des Poissonniers, le troisième à l’intérieur du tunnel de la rue Pouchet. En tout, ce sont jusqu’à 600 personnes qui vivent dans ces campements. Elles sont expulsées en février 2017. [2]

La Petite Ceinture Refuge (2017)
par François Godard
https://youtu.be/sLcKaB2aigE

Le film de François Godard, intitulé « la petite Ceinture Refuge » et tourné à la fin de l’été 2017, montre comment la Petite Ceinture est devenue un refuge pour des personnes sans domicile.

Ainsi, ce phénomène devient récurrent et concerne d’année en année de plus en plus de personnes. Il s’accompagne de la recrudescence sur la Petite Ceinture de campements individuels, reflet de l’augmentation de la pauvreté dans Paris.

Les occupants du grand bidonville de la Petite Ceinture à la Porte des Poissonniers, dans le 18e arrondissement de Paris, ont été expulsés le matin du 28 novembre 2017.

https://youtu.be/gFP69AtiSAg

En novembre et décembre 2017, la SNCF a fait nettoyer la plate-forme de la Petite Ceinture occupée par ce campement (voir à ce sujet sur Youtube le film de François Godard).

 3- Pose de portails pour fermer les tunnels à l’Est de Paris

Pour éviter la réinstallation de campements dans les longs tunnels de l’Est parisien, le tunnel de Belleville dit des Buttes-Chaumont, le tunnel de Ménimontant et le tunnel de Charonne dit du Père-Lachaise, la SNCF fait poser des portails fin janvier 2018 fermant leur accès. Ces opérations de pose de portail succèdent au nettoyage de ces tunnels intervenu en décembre 2017 (voir à ce sujet sur Youtube le film de François Godard).

Portail à deux battants fermant le tunnel de Charonne près de la rue de Bagnolet
Photographie prise le 28 janvier 2018. Cliché : Bruno Bretelle tous droits réservés.

Gros plan sur le portail fermant le tunnel de Charonne
Cliché : Bruno Bretelle tous droits réservés.